Ellie Zodwa Maseko est originaire de Hhukwini, en eSwatini, et, depuis maintenant quelques mois, elle met ses habiletés de couturière au service d’un nouveau projet. Elle gagne sa vie en soutenant les filles dont les familles ne peuvent se permettre d’acheter des serviettes hygiéniques. Elles sont obligées de manquer l’école, d’accumuler du retard ou même d’abandonner. Mais de fil en aiguille, Ellie et un groupe de femmes ramènent l’espoir dans la communauté.
Par Priya Iyer
Quelques fois par mois, Ellie Zodwa Maseko hisse et transporte sur sa tête une lourde machine à coudre et se rend de sa propriété du village rural de Hhukwini, en eSwatini, jusqu’à une petite hutte pouvant accueillir une personne, un trajet de presque deux heures. Ce chemin de gravier difficile à parcourir sans un véhicule 4×4 serpente dans la chaîne de montagnes Mdzimba. Parfois, on l’emmène. Le paysage est magnifique mais la marche est éprouvante. Maseko chante des cantiques afin d’alléger sa charge. Dans cette hutte, Maseko et huit de ses amies se réunissent comme elles l’ont fait les cinq derniers mois depuis le lancement du projet Tizabalazele Make Sanitary. Ensemble elles fabriquent des serviettes hygiéniques réutilisables.
Cette initiative a reçu la subvention pour 2019 du Fonds Karen Takacs pour le leadership des femmes puisque ce projet s’attaque aux problèmes auxquels font face les écolières au sein du système scolaire et fournit un revenu au groupe de femmes qui a créé cette entreprise. Le fonds a été créé en 2016 par Carrefour afin de soutenir les organisations qui défendent les femmes. Ce projet géré par Bomake, un partenaire de Carrefour, offre aux femmes et à leurs filles la possibilité de choisir une option écologique lorsqu’elles ont leurs règles. Les revenus générés par la vente des serviettes hygiéniques permettent à ses femmes de tirer profit de leurs talents de couturière et de nourrir leurs enfants et de soutenir leur famille.
Certaines de ses femmes travaillaient déjà avec Gone Rural, l’organisation sœur de Bomake.
« Ce qu’elles avaient en commun, c’était leur capacité de coudre en plus du tissage qu’elles faisaient déjà », raconte Nozipho Sasha Thorne, la directrice de programme de Bomake.
Elles se sont mobilisées ensemble afin de se soutenir grâce à la couture. Puisque Bomake travaillait déjà avec une autre organisation pour distribuer des serviettes hygiéniques à des écoles d’eSwatini, Thorne les a mis en contact. « Cette idée les enthousiasmait. » Elles ont appris la technique et on leur a donné accès à une salle, à une machine à coudre et aux matériels pour fabriquer les serviettes.
Selon Thorne, l’exemple de Maseko et de ses amies a encouragé les autres femmes à s’organiser.
« Plus de femmes viennent nous voir avec de nouvelles idées ou des idées existantes qu’elles veulent développer, et ce particulièrement dans les domaines de travail qu’elles exercent déjà ou proches de leurs talents et de leurs habiletés. Et c’est Carrefour qui a rendu tout cela possible », dit Thorne.
Maseko adore son travail. « Le travail est différent et a un impact important sur les femmes. Il nous rapporte aussi de l’argent. Nous trouvons qu’il nous apporte un meilleur revenu, puisque c’est de l’argent que nous gagnons chaque mois. Il nous aide beaucoup », raconte-t-elle dans son swati natal. Les serviettes sont réutilisables et permettent de faire des économies. « Nous n’avons plus vraiment besoin d’acheter des serviettes, car elles sont très chères.
« Je suis contente et fière de ce travail que Dieu m’a donné pour que je puisse être une femme qui pourvoit aux besoins de sa famille. »